L’actualité du monastère

Des pages de nos archives

Il arrive parfois que nous voulons partager avec vous quelque chose - texte, souvenir, témoignage - qu’un événement nous l’a rappelé…

Voilà pourquoi nous avons décidé ce créer cette nouvelle page, appelée « Des pages de nos archives ». L’avenir dira si elle est utile, si elle vous intéresse…

Fondation du monastère

Mariam au Mont Carmel

Une retraite bien particulière

Synode des évêques sur le Moyen Orient, 2010

Fondation du monastère

Ces dernières années, notre communauté a changé de visage : plusieurs jeunes soeurs sont arrivées, et pour qu’elles puissent mieux se « fondre » dans la communauté, nous avons eu envie de relire ensemble notre histoire. C’était passionnant ! Et nous avons décidé de vous offrir, non pas tout, certes, cela serait trop long, mais au moins l’essentiel de l’histoire de notre fondation ; elle se lit comme un vrai roman d’aventures ! Les carmélites, décidément, sont différentes de ce que le monde pense parfois !

L’histoire de notre fondation

Le monastère est, bien entendu, dédié à Notre Dame du Mont Carmel ; il ne saurait en être autrement ! Situé tout près du site primitif, Wadi ayin es-Siah, il est né de la ténacité (faut-il rappeler la « détermination déterminée », chère à la Santa Madre, Thérèse d’Avila ?) de deux sœurs - sœurs de religion en même temps que sœurs de sang - du carmel d’Avignon, Marie et Berthe de Causans, en religion Marie du Sacré-Cœur et Marie de Jésus-Hostie. Derrière leur aventure on pourrait inscrire en filigrane le célèbre signet de la Madre :

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Signet « Nada te turbe »

 

 

Que rien ne te trouble,
Que rien ne t’effraie.
Tout passe
Dieu ne change pas.
La patience tout obtient.
Celui qui a Dieu
Ne manque de rien.
Dieu seul suffit.

 

 

 

Car si l’on regarde tant soit peu attentivement les dates, on comprend qu’il y aurait de quoi se décourager :

1872 : La Princesse Aurélie de la Tour d’Auvergne, « femme généreuse et capricieuse », fait, puis retire aussitôt au carmel d’Avignon la proposition d’assumer les frais d’une fondation à Jérusalem : en fait, elle l’avait déjà offert aux sœurs de Carpentras, et revient sur sa première piste…

1873 : Par des voies quelque peu sinueuses dont la Providence est coutumière, une proposition de fonder, cette fois au Mont-Carmel, se présente. Hélas, il y manque sinon l’essentiel, du moins l’indispensable : l’infrastructure matérielle, comme on dirait aujourd’hui. Et le carmel d’Avignon est pauvre. La proposition sera-t-elle refusée ?

Pas vraiment : les deux sœurs déjà nommées se portent volontaires pour l’assumer, même si pour ce faire elles ne peuvent compter de la part de leur communauté sur d’autres secours que celui de la prière. Tout au plus peut-on leur promettre deux ou trois sœurs, le moment venu, pour les accompagner. C’est ainsi que naissent les œuvres de Dieu : « Teresa et quatre ducats, ce n’est rien. Mais Teresa, Dieu et quatre ducats… »

Après quoi, il ne se passe que… 7 ans, chiffre tout symbolique, avant que n’arrivent les autorisations nécessaires, arrachées de haute lutte par deux prêtres rencontrés au parloir, frères eux aussi et même jumeaux, venus du judaïsme : Augustin et Joseph Lehmann.

Ils arrivent à obtenir non seulement l’autorisation du St Siège - le 14 août 1880, celle du Général de l’Ordre et du Patriarche de Jérusalem, mais encore celle, peut-être la plus difficile !, du « papa de Causans », effrayé du sort qui risque d’attendre ses filles bien-aimées.

Entre-temps, on a fondé, en 1878, un carmel à Écully : une sorte d’arrière base destinée à recueillir des fonds et des vocations pour le futur monastère du Mont Carmel.

1882 : Trois sœurs d’Écully débarquent au Mont Carmel pour visiter les lieux. Mais le « firman », le décret des autorités turques autorisant la construction, n’arrive que le 16 août 1886, après bien des péripéties. Et la première pierre peut enfin être posée… deux ans plus tard !

Enfin le groupe des premières fondatrices débarque en décembre 1891, et prend possession le 1er janvier 1892. Sr Marie du Sacré Cœur devient la première prieure.

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Premier monastère
 

Avez-vous bien compté ? Il aura suffit de 20 ans !

Aujourd’hui, le moniales n’habitent plus le monastère primitif, sis au bord de la mer, dans un lieu alors fort insalubre : en 1936, elles se sont transplantées sur le sommet de la montagne, d’où aujourd’hui encore le fier bâtiment domine la ville et la belle baie de Haïfa.

La vocation spécifique de notre monastère

Le monastère du Mont Carmel est porteur d’un triple « mystère » :

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Le prophète Élie

Tout d’abord, celui d’Élie, le prophète du Dieu vivant ; et celui-ci est inséparable des origines de notre Ordre. Plus que n’importe où ailleurs, ici on entend résonner dans son cœur ces paroles d’un de nos textes fondateurs, « L’institution des premiers moines », que nous espérons vous faire découvrir un jour.

Intimement lié au premier, le second « mystère » est celui de la Vierge Marie. De sa présence cachée, mais réelle.

Cachée, car le Mont-Carmel, s’il est l’un des lieux importants de la première Alliance, n’est même pas mentionné dans les évangiles. Et pourtant réelle, car paradoxalement le Mont Carmel est perçu par la conscience chrétienne comme un lieu marial par excellence : Totus marianus est Carmelus.

N’est-ce pas d’ailleurs, de façon tout aussi paradoxale, la présence cachée mais réelle de Marie dans la Règle du Carmel ? Car cette « formula vitae » donnée aux frères ermites du Mt Carmel par Albert, patriarche de Jérusalem au 13e siècle, ne mentionne pas la Vierge Marie non plus. Et pourtant, celle-ci y est parfaitement « lisible » :

Comme elle, les frères du Mont Carmel acceptent de « recevoir leur vie » de la main d’un autre. Ils ne dictent pas à Dieu ce qu’ils veulent vivre. Peut-être le suggèrent-ils. Mais en définitive ils laissent parler l’Esprit par la bouche de l’Eglise dont Albert est le représentant. Et ce qu’ils reçoivent de lui, c’est bien plus qu’une règle : c’est une parole de Vie entièrement tissée de la Parole de Dieu.

Commençant par l’obéissance –

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Icône de la Vierge du Carmel

« Nous vous demandons tout d’abord d’avoir un prieur (…) Tous lui promettront obéissance et après l’avoir promise, s’appliqueront à la garder en vérité par les œuvres... »

et finissant par elle –

« et vous autres, frères, honorez, pour votre part, humblement votre prieur, considérant, plutôt que lui-même, le Christ qui l’a mis au-dessus de vous (…) afin que vous méritiez par votre obéissance la récompense de la vie éternelle »,

elle n’est qu’une longue paraphrase de la remise totale de Marie :

« Voici la servante du Seigneur, qu’il m’advienne selon ta parole ».

On ne peut enfin parler de Notre Dame du Mont Carmel sans évoquer le signe du scapulaire. (On en parlera aussi, prochainement). Fleurissant surtout tout au long du Moyen Age, et même au-delà, jusqu’au moment où il fut quelque peu éclipsé par la diffusion de la « médaille miraculeuse », il est en train de regagner de nouveau les cœurs des amoureux de la Vierge Marie dans le monde entier.

Le troisième « mystère » enfin est celui de la double mission qui fut confiée au monastère par Léon XIII, ce grand pape des temps modernes qui par certains côtés rappelle Jean Paul II :

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Benoit XVI avec le Patriarche Bartolomeo

L’union des cœurs - expression dans laquelle est inscrit en filigrane le souci de l’unité de l’Église, pour laquelle Jésus a prié au moment de livrer sa vie pour le salut du monde :

« Que tous soient UN comme toi, Père, tu es en moi et que je suis en toi afin que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jean 17/ 21) ;

La prière pour le peuple de la Première Alliance :

« Pour qu’il progresse dans l’amour de Son Nom et la fidélité à son Alliance »
(La grande intercession du Vendredi Saint)

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Benoît XVI à la synagogue aux USA

Mission réellement prophétique. Car à ce moment, rien, absolument rien ne pouvait laisser prévoir les événements à venir :

– Ni le mouvement œcuménique qui naîtrait quelques décennies plus tard et qui ébranlerait les cœurs et éveillerait la passion de l’unité.

– Ni le tournant tragique de la Shoah, qui aurait comme une des conséquences l’ouverture du cœur de l’Église à l’égard du peuple juif.

– Ni enfin et surtout, le retour de ce peuple sur la terre de ses pères, retour qui donnera naissance à un État souverain, aujourd’hui partenaire à part égale de celui du Vatican…

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Parchemin de Jean Paul II

Et cette mission de notre monastère, reformulée et confirmée pour nous par Jean Paul II, continue, plus urgente que jamais…

De fait, dans le parloir de notre monastère se succèdent - et souvent se rencontrent - des amis de tous bords : Chrétiens de diverses Églises du pays, pèlerins et membres de nos familles, Juifs et Arabes, « religieux » et « laïcs », universitaires et gens simples …

Certains de nos amis nous ont suggéré que cette intention spéciale portée par la prière des Carmélites depuis plus d’un siècle n’est peut-être pas étrangère au climat de tolérance et d’amitié si particulier à la ville de Haïfa. Cela est le secret de Dieu. Mais il est doux d’oser le croire un peu… et se laisser ainsi inviter à toujours plus de fidélité à cette mission.

 

Mariam au Mont Carmel

Des Sœurs de Bethléem, avec Sr Marie de Jésus Crucifié, - notre petite Soeur Mariam - sont passées par le Mont Carmel en allant à Nazareth chercher une place pour la fondation du Carmel. Il est intéressant de lire leur relation quant à leur visite de la grotte d’Élie :

« Ma sœur Marie de Jésus Crucifié nous avait raconté que dans sa première enfance, elle avait rêvé qu’elle se voyait au Mont Carmel dans l’église avec quelqu’un. Dès lors, elle conserva dans son cœur un grand désir de le visiter. »

Note du 15 mai 1878

« Il y a trois jours, nous sommes au Mont Carmel. Notre chère Sœur y reçoit beaucoup de grâces, nous l’avons vue en extase. Elle nous a dit avoir ressenti la présence de Notre Père Saint Élie. Un autre moment elle nous a dit qu’elle s’était endormie, et qu’elle l’a vu avec une épée de feu. L’impression lui est restée que quelque nouveau malheur menaçait la terre. Elle ne s’en est point expliquée davantage.

Elle fait de longues stations au pied de la Madone vénérée et miraculeuse et aussi dans la crypte ou grotte de Saint Élie, qui se trouve sous le maître autel.

Nous avons visité les diverses grottes qui furent habitées par nos anciens Pères et qui occupent le versant de la Ste Montagne, du côté de la mer. Un religieux Carme que nous avons connu au carmel de Pau et qui s’était retiré au Mont Carmel, nous accompagnait partout, et nous le trouvions toujours prêt à nous rendre toutes sortes de bons offices, ainsi que le frère hôtelier et le bon frère portier.

Lorsque nous fûmes visiter l’immense grotte, dite de Saint Élie, située au bas de la montagne, nous la trouvâmes occupée par une foule de bédouins qui étaient venus rendre là leurs hommages et faire la fête à St Élie. Cette fête consistait en danses, chants et musique étourdissante qu’ils exécutaient dans sa grotte.

Le bon Père nous a dit qu’il n’était pas prudent pour nous d’y entrer. Nous y fûmes lorsqu’ils en étaient sortis. Puis nous les trouvâmes installés accroupis autour d’un immense plat, comme un bassin, où ils plongeaient leurs mains pour en retirer une sorte de bouillie de lait aigre, qu’ils portaient dans leur bouche. Ils nous invitèrent avec instance à partager leur régal, nous les remerciâmes de la meilleure grâce possible pour ne pas les indisposer, alléguant des raisons qu’ils devaient agréer.

Ils ont un culte enraciné pour notre Père St Élie, mais un culte tout de crainte. On raconte plusieurs châtiments que St Élie aurait parfois infligé pour certains crimes ou injustices commis dans le pays, comme aussi des marques de protection qu’il aurait donné. Il n’y a pas longtemps, dit-on, que des enfants gardant de troupeaux se seraient égarés dans les déserts, en y cherchant de vaches qu’ils avaient perdues. Comme ils furent bien des jours sans revenir on les croyait morts, mais ils revinrent sains et saufs avec les vaches, racontant qu’un homme à la longue barbe blanche leur avait fait trouver ces animaux et les avait conduit jusqu’auprès de leur village. Au portrait qu’ils en firent on resta convaincu que c’était Élie, le grand prophète. »

 

Une retraite bien particulière

C’était pour nous vraiment une « première », un événement totalement inédit : la retraite communautaire donnée par une religieuse ! Et sur quel thème ? Le Cantique des Cantiques !

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Ste Thérèse de Jésus (d’Avila)

Il est vrai qu’au Carmel, la tradition n’est pas insolite : les quelques feuilles sauvées par une religieuse « fureteuse » de « l’autodafé » imposée à la Santa Madre par son directeur spirituel (quelle prétention pour une femme, de vouloir parler du Cantique !) démontrent aisément comment la sensibilité féminine contemplative peut faire découvrir d’une façon nouvelle ce joyau de la Sainte Écriture.

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Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus (de Lisieux)

Et la « petite » Thérèse, celle de Lisieux, qui exprimait elle aussi le désir de commenter la Cantique, nous a laissé une réflexion éblouissante sur l’un des premiers versets :

« Jésus m’a donné un moyen simple d’accomplir ma mission. Il m’a fait comprendre cette parole des Cantiques : « Attirez-moi, nous courrons à l’odeur de vos parfums. O Jésus, il n’est donc même pas nécessaire de dire : En m’attirant, attirez les âmes que j’aime. Cette simple parole : « Attirez-moi » suffit. Seigneur, je le comprends, lorsqu’une âme s’est laissée captiver par l’odeur enivrante de vos parfums, elle ne saurait courir seule, toutes les âmes qu’elle aime sont entraînées à sa suite ; cela se fait sans contrainte, sans effort, c’est une conséquence naturelle de son attraction vers vous. »

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St Jean de la Croix

(Et nous ne parlons pas ici de cette autre merveille du 3e « Docteur » du Carmel - le premier en date car les deux que nous venons de citer étaient « recalées » d’abord parce que femmes - le Cantique Spirituel de notre Père Saint Jean de la Croix.)

Donc, au mois de mars de cette année 2008, nous avons, sur le conseil de Sr Denise Lavois, Sœur Blanche, « fermé notre porte, celle de notre mémoire - le passé, celle de notre imagination - le futur, pour accueillir totalement le Seigneur dans notre présent, être présentes à la Présence. »

Le Cantique, nous a-t-elle dit encore dans son introduction, « c’est l’histoire de nos amours avec le Seigneur, de nos combats, de nos résistances, de nos adultères comme de nos extases amoureuses. »

En voici, en quelques mots, en quelques titres, les étapes :

Nous avons redécouvert notre soif d’amour (Prologue).

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Le printemps commence à fleurir

Nous avons tenté d’accueillir la Parole de Dieu comme un sacrement, vivre une conversion à l’amour. (1,5-2,7)

Nous avons revécu le printemps des fiançailles et les cheminements de l’Amour. (2,8-3,5)

Puis ce fut l’été des noces, en orientant notre cœur vers la contemplation, et en regardant à travers ce texte vers le Ressuscité . (3,6-5,1)

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Les roses d’été
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Grenades
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L’orage de l’été

Au cœur de l’été nous sommes passées avec l’épouse par l’orage à travers lequel nous avons vécu la purification de notre amour, en passant par les étapes de la maturation spirituelle telles que les avait suggérées H. Newman :

L’enfance de la première naïveté, où l’on croit parce qu’on nous l’a dit, on obéit parce qu’il le faut bien.

La crise de l’adolescence où l’on n’agit que lorsqu’on en sent le goût.

La maturité enfin, le moment des décisions personnelles, pour entrer progressivement dans la vie mystique, dans le mystère de Dieu. (5,2-6,3)

Nous avons ensuite, dans l’épanouissement de notre amour, offert au Bien-Aimé les fruits de l’automne. (6,4-8,4)

Nous avons alors éprouvé, au moins « en espérance », l’amour enfin solide de ce que Sr Denise a appelé l’arrière-saison dorée. (Épilogue, 8,5-7)

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Icône représentant les Noces de Cana

Le parcours léger - une seule instruction par jour, pour laisser du temps à la prière et méditation personnelles - ponctué par les chants bien adaptés nous a conduites doucement au seuil des Jours Saints où nous allions contempler dans sa totalité le mystère de l’Alliance, déployé dans la Passion et la Résurrection du Bien-Aimé, le mystère des noces éternelles dans lesquelles nous sommes invitées à entrer dès aujourd’hui.

 

 

 

Synode des Évêques pour le Moyen Orient

Le Synode des Évêques pour le Moyen Orient s’est déroulé du 10 au 24 octobre 2010 à Rome.
Nous voudrions vous partager le texte préparatoire, Instrumentum laboris, que nous avons lu ensemble et qui nous a beaucoup touchées.

Par la même occasion, vous découvrirez aussi le site du Patriarcat Latin de Jérusalem.

 
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