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Le pays et nous

La grotte d’Élie – École des Prophètes

En descendant sur le flanc du Mont Carmel depuis Stella Maris vers la mer, on trouve, presque au bas de la montagne, une grande grotte connue sous le nom pittoresque de « L’école des prophètes ».

Beaucoup de légendes s’attachent à ce lieu. Tout d’abord celle quoi lui a donné son nom : C’est ici que le prophète Élie aurait élu domicile, et où il aurait réuni ses disciples, et en premier lieu bien sûr Élisée. Et ceux-ci auraient, après lui, continué la vie érémitique en ce lieu.

C’est ici que la Sainte Famille se serait arrêtée à son retour d’Égypte, avant de regagner Nazareth (ce qui suppose, évidemment, un léger détour…).

C’est encore ici que, de Nazareth, la Vierge Marie aurait rendu visite, et même à plusieurs reprises, à ces ermites descendants spirituels d’Élie et Élisée…
Légendes que, pendant des siècles, on prenait pour de l’argent comptant…

Une chose est certaine : On y a vénère traditionnellement le prophète Élie, et ce culte est commun aux Juifs, Musulmans et Chrétiens.

Des documents datant du Moyen-âge signalent la grotte comme lieu de pèlerinage. Un monastère de l’époque byzantine existait à proximité. Puis le culte tombant un peu en désuétude, il fut restauré par un groupe de musulmans derviches en 1628, Élie y étant alors vénéré sous le vocable de El Khader, Le Vert (ou Verdoyant), le symbole de la vie, du printemps, du renouveau ; il faut vivre au Moyen Orient pour comprendre ce que cela signifie, l’herbe - bonne ou mauvaise - qui reparaît après les premières pluies de printemps !

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Père Prosper du Saint Esprit, ocd

Mais voilà qu’en 1631, le Père Prosper du Saint-Esprit, ocd, obtient de l’émir Ahmed Turaley un terrain sur le Mont Carmel, ainsi que l’autorisation d’y construire un couvent des Carmes. Le jour même où le document lui est remis, il célèbre la messe à l’École des prophètes, dans une petite grotte à l’intérieur de la grande, avant même que la nouvelle fondation ne soit prise en compte par l’Ordre du Carmel ! (Elle le sera d’ailleurs dès l’année suivante, où le chapitre général des carmes vote l’accord, le 13 mai 1632).
Et le voilà en train d’établir le couvent dans les grottes naturelles autour de l’École des prophètes…
Ce qui ne fait évidemment pas l’affaire des musulmans, et des troubles importants décident le Père Prosper de s’établir légèrement en amont, pour commencer toujours dans des grottes naturelles, dénommées, l’une, La grotte des fils des prophètes (toujours en souvenir d’Élie et Élisée), l’autre, Grotte St Simon Stock, car selon la légende toujours, celui-ci y aurait vécu lors de son généralat de l’Ordre !

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Grotte où commença le retour sur le Mont Carmel

La coexistence n’était pas toujours facile, entre les musulmans et les carmes, mais tout est bien qui finit bien. De lieu en lieu, les carmes finissent par édifier le couvent Stella Maris, en haut de la montagne, mais ne perdent pas de vue leurs lieux historiques ! Après les bouleversements de la première guerre mondiale, en 1919, un arrangement entre eux et le Mufti les autorise de venir célébrer parfois la messe dans la grotte de l’École des prophètes.

Aujourd’hui la grotte est devenue une synagogue. Mais l’arrangement, le gouvernement d’Israël l’a repris pour son compte, puisque aujourd’hui encore, tous les 14 juin, où le Carmel fête le prophète Élisée.

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L’oratoire à l’emplacement du couvent du Père Prosper

Quant au couvent primitif du P. Prosper dans le site de « la grotte des fils de prophètes », il est toujours propriété des Pères, avec un petit oratoire bâti à l’époque moderne… et lieu de pèlerinage de toutes les carmélites qui viennent au Mont-Carmel !

Pour visiter l’École des Prophètes et la messe qui y fut célébrée ce 14 juin 2009, cliquez ici

P.S. Des Sœurs de Bethléem, avec Sr Marie de Jésus Crucifié notre Soeur Mariam, "la petite Arabe - sont passées par le Mont Carmel en allant à Nazareth chercher une place pour la fondation du Carmel. Il est intéressant de lire leur relation quant à leur visite de la grotte d’Élie :

« Ma sœur Marie de Jésus Crucifié nous avait raconté que dans sa première enfance, elle avait rêvé qu’elle se voyait au Mont Carmel dans l’église avec quelqu’un. Dès lors, elle conserva dans son cœur un grand désir de le visiter.

Note du 15 mai 1878

Il y a trois jours, nous sommes au Mont Carmel. Notre chère Sœur y reçoit beaucoup de grâces, nous l’avons vue en extase. Elle nous a dit avoir ressenti la présence de Notre Père Saint Élie. Un autre moment elle nous a dit qu’elle s’était endormie, et qu’elle l’a vu avec une épée de feu. L’impression lui est restée que quelque nouveau malheur menaçait la terre. Elle ne s’en est point expliquée davantage.

Elle fait de longues stations au pied de la Madone vénérée et miraculeuse et aussi dans la crypte ou grotte de Saint Élie, qui se trouve sous le maître autel.

Nous avons visité les diverses grottes qui furent habitées par nos anciens Pères et qui occupent le versant de la Ste Montagne, du côté de la mer. Un religieux Carme que nous avons connu au carmel de Pau et qui s’était retiré au Mont Carmel, nous accompagnait partout, et nous le trouvions toujours prêt à nous rendre toutes sortes de bons offices, ainsi que le frère hôtelier et le bon frère portier.

Lorsque nous fûmes visiter l’immense grotte, dite de Saint Élie, située au bas de la montagne, nous la trouvâmes occupée par une foule de bédouins qui étaient venus rendre là leurs hommages et faire la fête à St Élie. Cette fête consistait en danses, chants et musique étourdissante qu’ils exécutaient dans sa grotte.

Le bon Père nous a dit qu’il n’était pas prudent pour nous d’y entrer. Nous y fûmes lorsqu’ils en étaient sortis. Puis nous les trouvâmes installés accroupis autour d’un immense plat, comme un bassin, où ils plongeaient leurs mains pour en retirer une sorte de bouillie de lait aigre, qu’ils portaient dans leur bouche. Ils nous invitèrent avec instance à partager leur régal, nous les remerciâmes de la meilleure grâce possible pour ne pas les indisposer, alléguant des raisons qu’ils devaient agréer.

Ils ont un culte enraciné pour notre Père St Élie, mais un culte tout de crainte. On raconte plusieurs châtiments que St Élie aurait parfois infligé pour certains crimes ou injustices commis dans le pays, comme aussi des marques de protection qu’il aurait donné. Il n’y a pas longtemps, dit-on, que des enfants gardant de troupeaux se seraient égarés dans les déserts, en y cherchant de vaches qu’ils avaient perdues. Comme ils furent bien des jours sans revenir on les croyait morts, mais ils revinrent sains et saufs avec les vaches, racontant qu’un homme à la longue barbe blanche leur avait fait trouver ces animaux et les avait conduit jusqu’auprès de leur village. Au portrait qu’ils en firent on resta convaincu que c’était Élie, le grand prophète. »

 
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